D’îles en îles, d’aventure en aventure…

C’est devenu une tradition : nos invités rédigent un article racontant leur séjour. Je laisse donc la plume à mes parents, qui nous rejoignent à bord le 2 octobre pour un mois de folie, à la découverte de la Polynésie.

Bonjour ! Nous revoilà sur Ribouldingue ! Nous sommes le 4 octobre. Aujourd’hui  nous visitons Papeete ! C’est une belle ville. Des efforts sont faits pour maintenir la ville accueillante : un bataillon d’ouvriers munis de souffleurs, balais et autre instruments de nettoyage sont à l’œuvre de bonne heure le matin. Petit tour sur la promenade qui longe le lagon et la Marina. Un bassin est aménagé tout le long des quais et nous permet de découvrir toute sorte de poissons. Petit tour de l’ile en voiture. Nous nous arrêtons auprès d’un Belvédère,  et nous avons la chance de voir depuis les hauteurs une baleine qui nous offre un festival de sauts. C’est très surprenant si près de la côte et nous restons bouche bée. Le soir, nous assistons à une très intéressante conférence sur les récifs coraliens du Pacifique, et les méfaits de la pollution sur l’environnement marin. Dommage que décalage horaire aidant nous piquions un peu du nez ! Le lendemain nous partons pour Moorea, première étape de notre périple vers les Iles sous Le Vent ! Le temps est magnifique, la mer est superbe la navigation s’annonce calme !

Nous voilà sur les hauteurs de Moorea, la grimpette a été difficile sous la chaleur, mais quel spectacle : la vue sur la baie de   Cook et d’Opunohu valait le détour. Récompense suprême, sur le retour nous nous arrêtons au lycée agricole et, avant la visite, nous dégusterons de merveilleuses glaces au lait de coco, à la mangue, parfumées à la vanille, à la fleur de tiaré… Le lendemain, courte balade de 20 km (il paraît que j’avais besoin de motivation) pour aller faire des courses, à la banque et voir de près la baie de Cook, et surtout visiter la fabrique de jus de fruit. Surprise ! Ils font des vins d’ananas et du rhum ! Différents de ce que nous connaissons, mais agréables à découvrir.


Et nous voilà partis pour Bora-Bora ! 36 heures de navigation en perspective, avec, pour nous, une grande première : la navigation de nuit ! Le calme qui règne la nuit sur un voilier est surprenant. Nous sommes au portant. On n’entend que le bruit des vagues sur la coque,  le vent dans les voiles. Une multitude d’étoiles scintillent tout là-haut, la lune nous éclaire et nous sommes envahis par un sentiment, de paix, de tranquillité ! Le bonheur pur ! Autre moment de bonheur pendant la traversée, à une centaine de mètres, les ébats d’une baleine qui se livre à ses exercices de sauts quotidien : sur le dos, sur le ventre, sur un aileron, battements de queue, nous retrouvons notre émerveillement d’enfant.
Nous sommes à Bora-Bora, découverte du snorkeling pour moi : j’ai observé un poisson coffre, une multitude de petits poissons bleus, un gros concombre de mer et une raie ! L’eau est claire à cet endroit. Le lendemain nous partons pour le centre du lagon, et  là quelle déception ! La vue est saccagée par de multiples installations hôtelières qui s’avancent sur pilotis. L’eau est opaque nous ôtant toute envie de bain. Nous ne nous éternisons pas et  repartons pour le premier mouillage, la corvée de lessive, courses diverses et variées, plein d’eau nous attendent, avant le départ pour Tahaa.


L’ile est superbe, dépaysante ! La végétation est luxuriante,  les couleurs sont vives, les maisons sont coquettes, les jardins bien entretenus. Nous visitons une ferme perlière. Les explications sur la culture des perles sont très  intéressantes. Quand nous sortons il tombe des cordes ! Nous sortons les cirés qui sont vraiment les bienvenus. La pluie fut-elle tropicale n’arrête pas les bretons que nous sommes. Le paysage est vraiment magnifique ! Des petits bouts de cartes postales, assemblés les uns aux autres.  Un pick-up bâché qui organise des « safaris» nous emmène au village, le même pick-up nous ramènera  juste où nous avons attaché l’annexe. Les gens sont vraiment sympathiques.

Départ pour Raiatea. Arrivée sans problème, le soleil est de retour et nous programmons « l‘escalade » du mont Tapioii, 294 m de dénivelé. Quelle épopée sous le soleil ! Le jeu en valait la chandelle ! Nous avons une vue, pratiquement à 360° sur le lagon entier ! Quel spectacle ! Les couleurs sont extraordinaires, cela va du bleu marine au bleu turquoise en passant par toutes les nuances de bleu. Le pique-nique, prend des allures de festin tant nous sommes éblouis par le panorama qui s’offre à nous. 

Départ pour Huahine, où nous changerons de mouillage tous les jours. Nous sommes  proches du centre du village de Fare. Le soir nous mangeons dans une roulotte. Pour Emeline et moi ce sera poisson cru au lait de coco et riz, une petite merveille ! Les garçons, moins aventureux, ont pris  poulet grillé frites pour Gilbert et hamburger frites pour François ! Tout le monde s’est régalé. Nous leur avons  demandé les prévisions météo, réponse : il y a 10 ans encore je pouvais  prévoir le temps du lendemain sans me tromper. Depuis 10 ans environ, je ne peux plus. Les choses ont changé, les saisons ne sont plus marquées comme autrefois et le temps n’est  plus prévisible ! Réchauffement climatique, bouleversement des saisons et du temps comme dans toutes les autres parties du monde, ce ne sont pas eux qui polluent, mais leur environnement est perturbé quand même ! C’est triste ! 
En route pour le sud de l’Ile. Arrivée à Paputea, mouillage dans une eau particulièrement limpide et attirante, et le soir la chef Emeline s’est surpassée en nous préparant des crabes au lait de coco et curry, un régal pour les papilles. Nous ne sommes pas très loin d’un hôtel, mais il n’est pas très grand et s’intègre parfaitement au paysage. Leur embarcadère nous permet d’accéder facilement à la plage. Le matin Gilbert et moi partons pour une balade pendant qu’Emeline et François s’attaquent au grattage de la coque de Ribouldingue qui est pourvue de véritables cheveux verts d’une bonne longueur !!! 


Nous poursuivons notre découverte. Quelle splendeur ! Un lagon comme on en voit au cinéma : de l’eau turquoise à perte de vue. Comme Riboul est un dériveur nous mouillons dans 1,20m d’eau. Nous sommes seuls au monde. Nous nous baignons avec un plaisir fou ! A quelques mètres l’eau est bleue profond signe que les fonds sont importants et là où nous sommes nous avons pied ! 

Aujourd’hui nous sommes à l’est  du lagon ! Une surprise de taille nous attend. Nous avons à peine franchi la passe que nous voyons des évents de baleine ! Impossible, pas dans un lagon ! Et bien si ! Même qu’elles sont 3 ! Vraisemblablement la maman et 2 baleineaux ! Incroyable ! Nous sommes émerveillés ! Un habitant nous propose des mangues, il nous amènera également un corossol et  des jeunes noix de coco dont nous boirons le jus très désaltérant et mangerons la pulpe tendre et fraîche. Il n’acceptera aucun paiement. 
Et voilà, il faut songer au voyage du retour, demain départ à 6 h nous regagnons Moorea. Trajet de 24 h prévu. La navigation s’annonce au près. Pas très confortable d’être sur un bateau qui gite, surtout dans la cabine avant. C’est une véritable machine à laver ! On est bousculé dans tous les sens ! L’eau frappe sur la coque et on entend un bruit de lave linge ! Je chasse Gilbert de la couchette du carré et l’envoie dans la cabine avant. Chacun son tour ! Je réussis à me rendormir presque jusqu’à la fin du voyage  les eaux se sont un peut calmées et mon estomac appréciera tout particulièrement notre arrivée dans le lagon de Moorea ! Surprise ! 7 ou 8 dauphins nous rejoignent dans le lagon et nous tiendront compagnie pendant toute la journée. Le lendemain ce sera un requin gris qui viendra tourner et virer près du bateau. Bien que réputé non dangereux, je m’abstiendrai de me baigner tant qu’il rôde dans les parages.

Voilà ! C’est fini ! Je garderai en mémoire l’impressionnante  vision de François perché sur la barre de flèche guidant Emeline à la barre pour l’entrée dans les passes, pour le choix du meilleur mouillage parmi les patates de corail ! Je n’oublierai pas non plus les somptueux petits-déjeuners (pancakes, crêpes, pain perdu), fondants au chocolat, thon mijoté au lait de coco, concoctés par Emeline, ni les merveilleux  pains fourrés et pizza préparés par François.
A l’aéroport, le 1er novembre, Emeline et François nous passeront au cou un collier de coquillages venus directement des Tuamotu. Cette fois c’est bien fini ! Il faut partir ! Je suis très triste de laisser Emeline et François et la Polynésie ! C’était un merveilleux séjour ! 

Mais d’autres aventures nous attendent les vacances ne sont pas finies ! A nous l’Australie !

Publicités

Balise tracking en vacances…

Vous l’avez sans doute remarqué, notre balise tracking, harassée de fatigue, nous localisait de facon aléatoire aux quatre coins du Monde. Nous l’avons donc envoyée en vacances en Australie, elle ira ensuite faire un séjour en France, puis nous la récupèrerons lorsqu’elle sera reposée et prête à reprendre du service ! 

En attendant nous naviguons en mode furtif… Devinez où nous sommes !

Makatea, un atoll pas comme les autres

Grand largue, petit largue, travers, près, grand beau temps, pluie diluvienne, le moins qu’on puisse dire c’est que cette navigation vers Makatea ne fût pas monotone. Histoire de nous occuper entre les différents réglages de voiles, nous transformons la cuisine en conserverie de poisson le temps de « mettre à l’abri » le superbe thon de 6,5 kg qui a mordu à l’hamecon au coucher du soleil. 


Le 19 septembre dans la journée, une tâche sombre se détache sur l’horizon. Rien à voir avec les autres atolls, dont on distingue en premier les cocotiers, Makatea nous dévoile ses hautes falaises. Nous sommes accueillis par une baleine qui nous fait coucou de sa nageoire caudale. Et surprise, quatre corps-morts ont été installés pour faciliter la venue des voiliers. En effet, la barriere de corail tombe à pic et nous pensions qu’il faudrait mouiller notre ancre par 20 mètres minimum de fond de corail, ce qui était peu engageant. Nous sommes donc soulagés de découvrir ces corps-morts. Décidément cette escale s’annonce bien ! 
Le lendemain matin au lever du soleil, nous admirons les poissons et les fonds coraliens depuis le pont, nous donnant l’impression que Riboul’ flotte à la surface d’un aquarium géant. L’eau est cristalline, Francois ne résiste pas et part faire un tour sous l’eau. Je reste rêvasser dans le cockpit, et suis brusquement ramenée à la réalité par un souffle puissant. Je me mets debout et cherche à savoir où se cache le gros mammifère marin. Je n’en crois pas mes yeux : là, à moins de 10 mètres du bateau, une baleine à bosses ! L’eau est si claire que je la vois en entier. Elle vient respirer juste à ma hauteur, soulève sa queue géante et replonge dans les profondeurs, me laissant toute chose. Quel animal magnifique ! Francois parvient à l’observer sous l’eau, mais sans pouvoir l’approcher. Puis ce sont des dauphins qui viennent jouer autour du bateau, et Francois qui est toujours dans l’eau, a tout juste le temps de leur jeter un coup d’oeil furtif. Le spectacle se poursuit toute la matinée et nous sommes aux premières loges : les baleines sautent, tapent la surface de l’eau avec leurs nageoires pectorales ou leurs queues puissantes. En allant dire bonjour à nos voisins,  deux mâles qui se chamaillent passent juste à côté de l’annexe… On se sent minuscules, et ce n’est rien de l’écrire !


Nous débarquons en fin de matinée sur cette île qui nous intringue. Makatea n’est pas un atoll comme les autres, en son centre point de lagon et son point le plus haut culmine à 113 mètres, en faisant l’atoll surélevé le plus haut du Monde. 
Makatea fût, entre 1906 et 1966, exploitée pour son phosphate. D’importantes installations industrielles furent construites, des centaines d’hommes travaillaient à la mine, des centaines de tonnes de phosphate étaient extraites chaque jour, faisant de Makatea le poumon économique de la Polynésie Francaise. Et puis brutalement, le 6 septembre 1966, tout s’arrête. En trois semaines, l’île est abandonnée à son triste sort, les hommes lui laissant des milliers de trous, un funiculaire, des tapis roulants, des machines gigantesques, deux cinémas, un hôpital, un supermarché, un abattoir… Rien n’est démonté, aucune réhabilitation n’est prévue. Seule une vingtaine de personnes reste et tente de reprendre le cours de leur vie.

Aujourd’hui, la Nature a repris ses droits, les installations industrielles et les vestiges de la ville ont presque disparu sous la végétation. Marc et Vainiu nous guident dans ce dédale vert. Nous n’en croyons pas nos yeux : tant d’installations giganstesques englouties… 


Quel avenir pour Makatea ? Monsieur le Maire est favorable à un projet d’extraction secondaire, qui pourrait durer une trentaine d’années. L’investisseur, australien, a promis une réhabilitation totale à la fin de l’extraction, et des emplois prioritairement attribués aux Polynesiens. C’est un projet qui divise. Une partie de la population veut définitivement tourner la page de l’histoire minière de l’île et se consacrer à l’agriculture, à l’apiculture ou au tourisme. Maintenant que la Nature a repris ses droits, ils envisagent difficilement des buldozers venir arracher les arbres pour installer de nouvelles machines. Des associations sont venues faire des études d’impact environnemental et ne sont pas favorables à ce projet. Verdict en décembre. 

Vainiu et Marc nous proposent de nous emmener visiter la grotte d’eau douce située dans la partie Est de l’ile. Munis de lampes etanches nous nous jetons dans l’eau fraîche puis nous faufilons dans un dédale de calcaire, parfois nageant, parfois s’aggripant aux parois. Nous arrivons dans une première salle. Nos voix résonnent, nos lampes éclairent ce décor surréaliste d’eau translucide, de stalactites et de stalacmites. Nous continuons notre chemin vers une deuxième salle, puis cheminons vers la sortie. Un peu d’escalade et nous retrouvons la lumière du jour. Waw, quelle balade extraordinaire ! Nous retrouvons la famille de Vainiu et Marc autour d’un délicieux repas : poatoro, poe mautini (puree de courge au lait de coco), poisson grillé, pain paumotu, poisson cru… En fin d’après-midi, nous rejoignons Ribouldingue qui se fait chahuter dans la grosse houle d’Ouest, les bras chargés de kaveus, poisson, citrons verts, langouste, uru… La sortie en annexe est mouvementée, nous saluons Marc et Vainiu qui nous regardent partir du quai. Encore une fois nous sommes tristes de partir, de quitter nos nouveaux amis et les beaux paysages que nous avons découvert.

Mais Tahiti la grande nous attend, Renée et Gilbert nous rejoignent bientôt pour un mois, et nous devons nous mettre à la recherche d’un travail pour renflouer la caisse de bord. Allez oust’, en route ! Le vent portant et le soleil nous consolent, la langouste grillee au barbeuc’ et les frites de uru croustillantes nous mettent du baume au coeur, et au lever du soleil Tahiti et Moorea se dessinent à l’horizon…

Apataki : au soleil du motu Ruha Vahine

8 septembre, le soleil se lève dans la passe Sud Ouest d’Apataki. Trinquette roulée, moteur démarré, Capitaine à poste dans les barres de flèches, un alignement nous aide à garder le bon cap. Ca y est nous y sommes, encore un nouvel atoll à décourvir. Francois espère y rencontrer Jean Tapu, ancien champion du Monde et toujours détenteur d’un record de chasse en apnée. Malheureusement il vit maintenant à Tahiti et nous n’aurons pas l’honneur de pouvoir lui parler. Nous avançons au moteur en évitant les bouées qui signalent les fermes perlières, puis mouillons notre ancre au Sud de l’atoll, protégés par le motu Ruha Vahine.


Apres le réglementaire « tour du proprietaire », durant lequel nous croisons jolis poissons et coraux de toutes les couleurs, requins pointe noire et requin gris, nous grimpons dans l’annexe faire connaissance avec Moe et Erani qui vivent sur le motu. Nous avons le même âge, le courant passe, et ils nous invitent à venir voir Tara Hae, déesse de la Mer et du Voyage, qui est materialisée sur le motu par une sorte de sculpture en corail. Erani nous explique que si nous ne l’avions pas vue, nous ne serions pas vraiment arrivés à Apataki. Elle nous protegera pour la suite de notre voyage. 
Hent-Eon est mouillé non loin de Riboul et le dimanche midi, nous sommes tous invités à manger sur le motu. Poisson cru, poisson fumé à la bourre de coco… Un régal ! Cette pause est salvatrice, voilà trois jours que nous travaillons sans relâche, notre fidèle équipier, Jules, fait la grève. Patience et longueur de temps, huile de coude et de friture, il accepte enfin de se remettre au travail, youpi ! 

Hent Eon lève l’ancre, nous terminons notre bricolage. Puis nous passons une chouette journée sur le motu avec Moe et Erani. Nous les initions au ti-punch, et eux nous montrent comment ouvrir les noix de coco à la hâche. Nous faisons rapidement des parallèles entre leur vie sur un motu et notre vie sur un voilier. Seuls et livrés à nous-mêmes, nous devons être le plus autonome possible et gérer nos ressources au mieux. L’électricité dont ils ont besoin leur est fournie par de grands panneaux solaires. Pas d’eau douce sur le motu, ils récupèrent l’eau de pluie dans de grandes citernes, et l’utilisent pour laver le linge, faire la vaisselle ou la font bouillir pour la boire. Exit les douches prolongées, l’eau est une denrée rare qu’il faut preserver. Ils se nourrissent principalement de poisson, pêché à la canne ou en apnée.

Leur motu est magnifique, les arbres bien taillés, les feuilles ramassées tous les jours au lever du soleil. Différents arbres fruitiers et plantes tentent de s’épanouir dans ce sol arride et salé. 


Moe et Erani nous montrent, à l’endroit où est mouillé leur bateau à moteur, les fondations de la maison de leurs grands-parents, maison qui n’existe plus aujourd’hui. Il y a encore quelques années, leur motu s’etendait beaucoup plus loin dans le lagon. Mais le niveau de la mer monte, le motu perd du terrain. La maison de leurs parents a donc été construite plus en arrière et aura peut-être elle aussi bientôt les pieds dans l’eau. La maison de Moe et Erani sera construite plus proche encore du centre du motu. L’atmosphere se réchauffe, à des milliers de kilomètres les glaciers fondent, et c’est ici que l’on s’en rend compte. Ici aux Tuamotus, si loin pourtant des grosses industries et de la surconsommation…
Après avoir partagé leur vie sur le motu, nous leur proposons de venir découvrir la vie sur l’eau. Ils acceptent, avec un peu d’appréhension mais de grands sourires. Petit déjeuner à bord, les crêpes bretonnes remportent un franc succès ! Visite de notre modeste interieur puis Moe aide Francois à lever l’ancre, et nous voila partis pour une balade à la voile sur le lagon. C’est une première pour Moe et Erani, et nous sommes heureux de pouvoir partager avec eux notre vie de voyageurs. Echanges de recettes, adresses mail et numéros de téléphone, Moe et Erani nous offrent du poisson, une cigale des mers et de l’eau douce, puis nous continuons notre route vers le Nord du lagon, avec un pincement au coeur. Que de rencontres formidables ! 


Rapide escale technique au carénage pour déposer nos poubelles, acheter des oeufs, des potas (sorte de blettes) qui poussent sur le motu, de l’eau, et profiter d’une connexion internet pour donner des nouvelles, et nous voilà repartis encore un peu plus au Nord. Nous retrouvons Hent Eon pour quelques jours, puis nos routes se séparent, ils partent pour Ahe, mettre leurs pas dans ceux de Bernard Moitessier et nous vers Makatea, qui sera notre derniere escale aux Tuamotus. Nous sortons du lagon par la passe Nord-Ouest dans un décor d’une beauté surprenante. Cap au Sud Ouest !

Ps : Merci à Emeline de Hent Eon pour les deux photos prises du haut du mât de Ribouldingue 🙂

Aratika : à la découverte de la vie Paumotu

30 août, peu après le lever du soleil, nous franchissons la passe d’Aratika, réputée difficile. Le Capitaine, debout sur les barres de flèche, donne ses indications au second, à la barre. Nous sommes bien concentrés,  l’eau est très claire et nous n’avons aucun mal à voir où se situent les zones à éviter. Nous sommes bientôt dans le lagon magnifique, que nous traversons. Hent-Eon nous suit de près. Nous mouillons notre ancre devant l’ancien village, aujourd’hui abandonné. Seul Georges, le diacre vit encore dans la sacristie.


Nous faisons rapidement la connaissance de Assam et Vaiani, ainsi que de leurs deux filles et leur petite-fille, sur le motu voisin. Ils nous parlent de leur vie à Aratika. Leur activité principale, depuis l’arrêt de la culture de la fameuse perle noire est la récolte du coprah, la chair de coco séchée qui est vendue à l’huilerie de Tahiti pour en faire du monoï. La culture de la perle a cessé  car le marché a dégringolé et une anémone, qui se développait dans le lagon suite à des croisements d’huîtres importées de d’autres atolls, empêchait les huîtres de bien se développer. Assam nous explique que c’est un mal pour un bien puisque l’arrêt de la perliculture permet au lagon de se reposer, de se régénérer. Vaiani ramasse sur le récif de très jolis coquillages et en fait des vases, des colliers, et d’autres objets de décoration. Ils nous emmènent voir leur parc à poissons, situé dans la passe. A l’entrée, un grand entonnoir dirige les poissons poussés par le courant dans le parc. Parfois des requins s’y trouvent, il faut alors les libérer. Aujourd’hui nous y voyons des perroquets, des rougets, un gros mérou, un poisson-ballon… Comme le dit Assam : « nous vivons de la pêche ». De ce côté du lagon, les poissons ne sont pas touchés par la ciguaterra, et nourrissent ainsi toute la famille. 
Sur le motu voisin, vivent Ida, Taane et Emmanuel. Ils nous invitent à partager leur repas du dimanche midi. Nous goûtons pour notre plus grand plaisir le pain Paumotu, les bénitiers ( très jolis coquillages) au lait de coco, le ipo (préparation à base de farine, de sucre et de lait de coco), la poule du motu, le poisson grillé accompagné de miti hue ( noix de coco râpée fermentée avec des bernard-l’hermite). C’est un repas de fête ! Eux mangent du poisson matin, midi et soir.


Ida emmène les filles cueillir des fleurs de frangipannier, hibiscus, tiare Tahiti puis nous apprend à confectionner des couronnes. Nous ne sommes pas rapides mais nous nous appliquons et nous sommes contentes du résultat. Les hommes, eux, mettent du coeur à l’ouvrage pour réaliser des colliers de coquillage. Nous sommes ravis de découvrir ces savoir-faire.

Une nuit de pleine lune, Taane emmène les hommes à la pêche au rouget, chacun sa canne à pêche et hop ! François rentre au petit matin, des étoiles dans les yeux. Il garde un souvenir enchanté de cette nuit au clair de lune. Les filets des rougets sont levés et nous dégustons tous ensemble les beignets au petit déjeuner. Un régal ! Nous partons ensuite à la pêche au benitier (pahua en polynésien), armés de tournevis, pendant que François chasse en apnée. Le lagon recèle de nombreux trésors ! 


Nous apprenons à distinguer les differents stades de maturation de la noix de coco. La noix de coco verte est pleine d’eau et sa chair est très fine, transparente, c’est le niha. Lorsque la noix est un peu plus mûre, elle contient un peu moins d’eau, sa chair est plus épaisse : c’est le omotto, qui est utilisé pour faire le pain Paumotu. Ensuite vient le stade que l’on connait plus, lorsque l’exterieur de la noix est marron, il y a encore un peu moins d’eau, la chair est bien blanche, épaisse et est utilisée pour faire le lait de coco. Encore plus tard, la noix germe, il n’y a plus d’eau, le uto prend toute la place à l’intérieur de la noix. Le uto est sucré, il se mange comme une friandise. 

Les journées sont bien remplies. Le soir, nous retrouvons Georges pour des parties de pétanque. Nous n’avons jamais vu de terrain avec une si belle vue. Georges attrape un kaveu, un magnifique crabe de cocotier aux tons bleus et rouges, qui construit sa maison dans la végétation au pied des cocotiers et se nourrit de noix de coco. Nous apprenons à le préparer avec lui, puis il nous l’offre. Encore un excellent moment, la chair du crabe est délicieuse.

Un matin nous partons nager dans la passe et à peine à l’eau, juste en dessous de nous, un requin gris de trois mètres environ evolue tranquillement. Je le suis un peu moins mais finis par me détendre et nous passons un super moment. Nous voyons un gros poisson napoléon timide qui ne se laisse pas approcher. 
Pour parfaire ce decor de rêve et nous remettre de ces journées riches en emotion, nous installons le hamac et nous laissons bercer en contemplant le paysage. Parfois nous prenons brusquement conscience de la chance que nous avons de vivre ainsi notre rêve. 

Nous sommes heureux de découvrir la vie Paumotu, simple, proche de la Nature, loin du luxe et du confort matériel, et pourtant si riche ! Comblés d’avoir fait de belles rencontres et appris tant de choses. Nous sommes surpris de l’accueil si chaleureux dont nous avons bénéficié. Tant de gentillesse c’est incroyable ! 

Lors des au revoirs nous sommes couverts de cadeaux : le traditionnel collier de coquillages, un bracelet de perles noires, de belles porcelaines… Encore un endroit qu’il est difficile de quitter !

Il le faut pourtant. En route, direction Apataki !

Fakarava : coraux par-ci, requins par-là

19 août 2017, début d’après-midi, Ribouldingue se présente à la passe Sud de Fakarava et rejoint sans encombre son lagon turquoise.  Le lendemain, nous appareillons pour Hirifa, un joli motu où nous mouillons non loin du catamaran jaune d’Antoine. Nous sommes vite rejoints par Hent-Eon, venu apporter sa touche de rouge sur la photo. Balade sur le récif, kayak, baignade, planche à voile, essai de kite surf… Cette mise en bouche est délicieuse.


Lorsque le vent se calme, nous retournons vers la passe Sud, réputée dans le Monde entier comme un des plus beaux spots de plongée. Dans la passe, le courant s’inverse, au rythme des marées, toutes les six heures. Nous choisissons le bon moment, lorsque le courant entre, pour nous y rendre en annexe. Les requins sont nombreux, paraît-il, et je suis un peu nerveuse d’aller à leur rencontre. Combis, masques, palmes, tubas, sont enfilés, il n’y a plus qu’à se jeter à l’eau et à se laisser pousser à l’interieur du lagon, les yeux grands ouverts pour profiter du spectacle incroyable qui défile. Aussitôt, subjuguée par ces coraux multicolores, ces poissons aux tailles et aux couleurs variées et ces centaines de requins paisibles, ma peur s’envole, et les yeux écarquillés je m’émerveille de ces paysages sous-marins. Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau et d’aussi grandiose, je voudrais que ça ne s’arrête jamais. François est dans son élément, il côtoie en profondeur les requins gris, les requins pointe noire et les requins pointe blanche qui viennent voir de près qui se balade ainsi nonchalamment dans leur jardin. C’est tellement beau, nous voulons en profiter au maximum, et nous referons quatre fois en deux jours ce voyage merveilleux dans la passe. Pour en profiter vous aussi, nous vous conseillons de regarder le très beau documentaire de Laurent Ballesta :  » Le mystère mérou ».

L’ambiance au mouillage est sympa, Francois participe avec plaisir à une partie de chasse sous-marine. Parmi tous ces requins, il y a des réflexes à acquérir pour ne pas les attirer : il faut tuer le poisson sur le coup, pour qu’il ne se débatte pas, puis le remonter rapidement en surface en le tenant contre soi. C’est en chassant qu’on apprend, la première prise de Francois servira de petit déjeuner aux requins, avant même de pouvoir espérer la remonter à bord. Un beau perroquet et un poisson-moustache sont tout de même tirés et cette fois remontés sans problème. Tous les poissons sont partagés et grillés au feu de bois sur la plage à la nuit tombée, au son du ukulele et des bavardages. La nuit est douce, la vie aussi, lorsqu’on réalise son rêve…
Navigation dans le lagon sous soleil et spi, ravitaillement au village de Rotoava, puis nous quittons Fakarava par la passe Nord, des souvenirs plein la tête. Aratika, un peu plus loin, nous attend…

(Merci à Hent-Eon pour les deux photos de Riboul’ sous voiles )

Ia Ora Na les Tuamotus !

6 août, nous partons pour les Tuamotus et les eaux marquisiennes nous font un dernier cadeau, une belle bonite mord à l’hameçon. Le Capitaine est rassuré, le leurre qu’il a fabriqué plaît enfin ! Le vent est faible, la houle forte et avec cette pluie, nous hésitons à faire halte à Ua-Pou pour la nuit. Mais finalement après s’être éloignés des hauteurs de l’île, le vent revient et la mer se calme, nous continuons notre route. Hent-Eon est sur le départ aussi, notre objectif est de naviguer en escadre et d’atterir ensemble sur l’atoll de Makemo.

Les deux premiers jours de nav’ sont très agréables, au portant et sous le soleil, Riboul’ est content de retrouver la pleine mer et file bon train, laissant Hent-Eon dans son sillage, et malheureusement hors de portée de VHF. Le spi profite d’un vent léger pour sortir de la soute à voile, les couchers de soleil émerveillent le Capitaine et son second, la boulangerie du bord reprend du service, il fait bon vivre ! Le Capitaine se lance dans la fabrication de jus de corrosol car tous les fruits murissent en même temps, et une tablette de chocolat nous fait la surprise de ré-apparaitre sur le devant de la scène. Elle se cachait depuis la Martinique, son sort est vite réglé : transformée en fondant chocolat-banane !

Le troisième jour, le vent mollit puis tourne, nous faisons un peu de moteur puis remontons au près dans une bonne brise. Les premières heures, lorsque la mer n’a pas eu le temps de se former, je vis pendant un de mes quart de nuit une des meilleures sensations de glisse de ma vie. 

Nous validons de façon très scientifique une nouvelle échelle de vent et d’état de la mer : l’échelle des p’tits dèj ! Tout en bas de l’échelle, lorsque le vent est constant et/ou la mer calme, les crêpes sont de sortie. Un peu plus haut, si certaines vagues chahutent un peu trop notre gros Riboul, les pancakes font leur entrée. En cas de houle ou de vent plus fort, qui nécessite une disponibilité de l’équipage plus importante, c’est crackers ou biscottes. Et le niveau le plus haut, celui que l’on n’aime pas atteindre, c’est semoule de couscous cuite n’importe comment avec trop d’eau, pas de sel et servie dans des bols, beurk, heureusement que ça n’arrive presque jamais ! A noter que le pain frais du Capitaine est hors catégorie car sa confection nécessite d’être entreprise dès la veille au soir, les conditions n’étant donc pas toujours raccord avec l’heure du petit dèj. Sur cette navigation, les conditions n’ont pas dépassé l’échelon « pancakes », c’est relax !


Nous avons pris du retard et l’arrivée à Makemo est compromise. En effet, les passes, qui sont des interruptions de la barrière de corail et qui permettent d’entrer dans un atoll, se pratiquent de préférence de jour et à l’étale, lorsque le courant de marée est le moins fort. 
Nous visons finalement Tahanea, un atoll désert plus au Sud, dont la passe semble large. Nous y arrivons en début de matinée, le 11 août, le Capitaine monte sur la première barre de flèche pour observer les remous dus au courant et juge que l’entrée est possible. Il nous offre même le luxe d’entrer à la voile. Coraux, eau turquoise, sable blanc, le paysage nous fait de l’oeil mais nous tâchons de rester concentrés sur la passe… Et puis ça y est, nous y sommes, notre premier lagon ! Nous mouillons à proximité de la passe et attendons le lendemain pour s’essayer à la navigation dans le lagon, en zig-zaguant parmi les patates de corail. 

Dans un décor somptueux, l’eau est turquoise et limpide, un requin pointe noire vient saluer notre arrivée au mouillage au Sud de l’atoll, à l’abri de la houle derrière un récif en forme de 7. Le motu (îlot de l’atoll) à quelques miles de là, apporte sa touche de vert.

Aussitot arrivés, les combis et les palmes sont enfilés, nous partons en balade sous l’eau. Les têtes de corail multicolores abritent de nombreux poissons tout aussi colorés, deux requins pointent (noir) le bout de leurs nageoires pour voir qui se promène par là. La visibilité est incroyable, nous nageons dans un aquarium !

Le boulanger du bord perfectionne son art et nous permet une dégustation de baguette digne d’un professionnel. Dans un tel décor, avec une baguette chaude et craquante, nous vous laissons imaginer l’extase de ce petit déjeuner…


Le temps est calme mais ca ne va pas durer, un coup de Maramu est annoncé, nous partons le 14 août nous mettre à l’abri d’un motu dans la partie Est du lagon, le Capitaine reprend du service sur la première barre de flèche pour avoir une bonne visibilité des patates de corail et pouvoir les éviter. 
Nous prenons nos quartiers pour plusieurs jours, les activités sont multiples et variées : balade sous l’eau, balade à terre sur le motu, confection de confiture de bananes en quatre rounds, escalade de cocotiers, tarte à la banane hypocalorique, lait de coco grâce à la râpe fabrication maison, rochers coco, lecture, planche à voile… 


Le vent se calme, c’est maintenant l’heure des retrouvailles avec Hent-Eon à Fakarava !