Tahiti !

Après avoir tergiversé, chifoumisé, tourné et viré, c’est décidé, nous restons à Tahiti ! Alors on ne perd pas de temps, on se lance rapidement dans toutes les formalités administratives, on garde notre calme, on fait des kilomètres à pieds dans Papeete et j’arrive le 24 novembre à un entretien d’embauche prête à travailler. Ça tombe bien, il y a du travail pour moi, et c’est une association qui gère trois centres pour enfants et jeunes adultes handicapés. Début le 4 décembre, à quelques kilometres seulement de là où Riboul trempe sagement sa coque en attendant un nouveau départ. Je peux y aller à pieds et c’est tant mieux car nous mettrons plusieurs semaines avant de trouver un carosse. Heureusement Axelle et Vianney, Sophie et Thomas nous dépannent en nous prêtant les leurs, merci les copains ! François s’arme de courage et de dizaines de CV, et nous voilà partis faire le tour de l’île à la recherche de remplacements. Tahiti est une île magnifique, quel plaisir de s’éloigner de la civilisation et de découvrir des lieux sauvages, des falaises et de belles plages de sable noir. Rien de sûr pour le moment, mais quelques pistes quand même, il nous reste à nous occuper de la papeetisation de Riboul. Grâce à Renaud, propriétaire d’Archimède, un Archimède 36, grand frère de Riboul rencontré à Moorea, nous réussissons à papeetiser sans avoir recours à un expert. En fournissant l’acte de vente d’Archimède, acheté à Tahiti un an auparavant, et en rédigeant un argumentaire pour le transitaire, notre demande de papeetisation est acceptée par les douanes. Nous nous en sortons pour la « modique » somme de 2900 euros, ouf, ça aurait pu être pire ! J’ai peur d’être un peu rouillée, mais finalement la reprise se passe très bien pour moi, très bien accueillie par mes nouveaux collègues de travail. Le cadre est idéal, dans le jardin manguiers, bananiers, ramboutans, cocotiers, uru, poules, coqs, chat, qui s’incruste d’ailleurs parfois pendant les séances de kiné. Et si je m’approche de la clôture, je vois le lagon et Moorea. Francois patiente en bichonnant Riboul, et Noël s’approche à grands pas, nous le fêterons avec Axelle, Vianney et Camille, l’équipage de Libertad que nous avions rencontré au Cap Vert. Le repas est gargantuesque, il pleut des cordes, nous passons une super soirée, mais à peine le temps de récupérer, François fait son retour au travail le 25 décembre ! Axelle et Vianney nous présentent leurs copains, on en rencontre d’autres lors d’un week-end à Moorea, et entre le travail, les randos, les soirées, nos semaines se remplissent vite! La nouvelle année est bien fêtée, à minuit nous buvons une flûte de champagne dans un jacuzzi, c’est sûr notre vie a bien changé ! François, qui avait tiré ses premiers bords de kite en Bretagne, achète une planche et une aile de kite, et apprécie l’eau du lagon à 28 degrés ! Pour moi c’est reprise de la natation en club, les premiers entraînements sont difficiles ! Les semaines s’écoulent tranquillement, et nous redecouvrons la vie sédentaire, avec ses bons et ses moins bons côtés, et grâce aux copains nous passons notre première nuit dans un lit depuis deux ans, un grand lit qui ne bouge pas, nous sommes tous perdus. Ajoutez un canapé, une télé, une machine à laver, de l’eau chaude sous pression qui coule du robinet sans pédaler… nous sommes déboussolés ! Petit à petit, l’agenda de Francois se remplit, il découvre les séances à domicile dans les vallées. Pour lui aussi le cadre de travail change radicalement, nous ne risquons pas d’oublier que nous sommes loin de la Bretagne. Puisque nous en sommes aux découvertes, nous subissons nos premières dépressions tropicales et notre première saison des pluies tahitienne… Des vents de 50 noeuds et des milliers de litres d’eau qui tombent du ciel une dizaine de jours durant… ça surprend ! Mais on s’adapte, on ne part plus au travail sans une tenue sèche dans le sac étanche, on change de place à Riboul pour lui trouver un petit coin plus abrité. Puis le soleil revient, et quel bonheur de vivre à nouveau dehors ! Notre vie sera plus monotone désormais, nos articles seront moins réguliers, mais nous viendrons de temps en temps vous donner des nouvelles fraîches… A bientôt !

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Un sacré dilemme…

Novembre 2017, Papeete, île de Tahiti, Polynésie Française. Nous vivons un tournant dans notre voyage. Cela fait un an et demi que nous avons cessé notre activité professionnelle et que nous vivons et entretenons Ribouldingue sans aucun revenu. La caisse de bord n’est pas vide, mais elle a bien sûr diminué, petit à petit et de gros frais s’annoncent. Il va falloir décider de ce que nous voulons pour la suite du voyage, la suite de l’itinéraire. Nous sommes arrivés en Polynésie, premier grand objectif de notre périple. Nous voulons y rester, le temps d’en profiter, de s’émerveiller encore de ses lagons, ses montagnes, ses fruits, et bien sûr ses habitants si accueillants et si gentils.

Plusieurs possibilités s’offrent à nous : repartir aux Tuamotu puis aux Marquises pour y passer la saison cyclonique, de décembre à mars, et continuer ensuite notre route à l’Ouest, via les Tuamotu, les Iles Sous le Vent, les Iles Cook, Les Fidji, les Samoa, et enfin la Nouvelle-Calédonie où nous nous arrêterons pour travailler et renflouer la caisse de bord qui sera vide ou presque.

Deuxième option : s’arrêter maintenant à Tahiti, y trouver du travail, puis continuer notre route vers l’Ouest et ne rester en Nouvelle-Calédonie que le temps de la découvrir et de la visiter.

Il faut maintenant peser le pour et le contre de chaque option, pour prendre notre décision. Les avantages de la première option : nous retrouvons rapidement les Marquises que nous avons eu tant de mal à quitter, nous passons la saison des cyclones à l’abri, puisque les Marquises sont hors zone et ne sont pas concernées, nous continuons pour le moment à vagabonder au gré du vent et de nos envies. Inconvénients : s’arreter en Nouvelle-Calédonie pour y remplir la caisse de bord implique d’y passer au moins une saison cyclonique, et les statistiques de Météo France indiquent en moyenne 3,2 événement cyclonique par an sur les quarante dernières années dans cette zone, la plus active du Pacifique Sud. Ça reste des statistiques, mais ça ne fait pas rêver.

Les avantages de la deuxième option : vivre à Tahiti en y exercant notre metier, découvrir le rapport à la maladie et au handicap dans la culture polynésienne, tisser des liens plus durables, arrêter d’être de passage et toujours sur le départ. Inconvénients : laisser nos habits de vagabonds au placard pour un moment, ne naviguer que très peu les prochains mois, payer la papeetisation : taxe equivalente a 7% de la valeur du bateau et dont nous sommes redevables en devenant résidents en Polynésie.

Que choisir, que faire ? Nous vivons quelques jours et quelques nuits agités, en tournant ces deux options dans tous les sens, en trouvant sans cesse de nouvelles idées ou de nouveaux arguments qui nous poussent tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Cette décision est vraiment difficile à prendre, et ce qui nous retient le plus, au final, est de quitter cette vie de vagabonds des mers que nous aimons tant, cette liberté que nous avons touchée du doigt.

Alors, on reste à Tahiti ou on fait route vers les Marquises ? La suite au prochain numéro !

Makatea nous revoilà!

Le 10 novembre à 06h30, nous levons l’ancre sous le soleil et quittons le lagon de Tahiti par la passe de Papeete, non loin de Hent-Eon qui se dirige vers Bora-Bora. Ribouldingue est plein comme un oeuf, nous amenons chez Marc et Vainiu que nous avions rencontré lors de notre premier passage, des matériaux de construction pour leur maison, une batterie pour leurs panneaux solaires, et du ma’a (nourriture) qu’ils ont du mal à se procurer sur l’île. Soleil et vent, Riboul trace sa route au près dans une légère brise. C’etait trop beau pour durer, le vent tombe dans l’après-midi et nous enchaînons ensuite les périodes sans vent et les gros grains orageux. Le 11 novembre, à l’approche de Makatea, nous ne parvenons pas à eviter un gros nuage d’orage malgré le radar. Nous arrêtons toute l’électronique et serrons les fesses… Ouf ça passe, et quand le grain se dissipe, nous apercevons Makatea ! Nous arrivons au mouillage fatigués et trempés, un bon cake aux raisins et une bonne nuit de sommeil nous remettent d’aplomb ! Le lendemain, le soleil revient timidement mais nous laisse assez de temps pour aller à terre voir nos amis, leur livrer leurs affaires et constater l’avancée de leurs travaux. Plongée sur le tombant, contemplation du magnifique paysage, balades à terre, les journées passent vite ! Vainiu et Marc nous emmènent à la chasse aux kaveus, ces gros crabes de cocotier à la chair délicieuse. Nous devons d’abord aller attacher des cocos bien mûres, un peu ouvertes pour les attirer, mais pas trop pour qu’ils mettent assez de temps à les manger et que nous puissions les attraper. Puis, lorsque la nuit est bien tombée, nous revenons avec des lampes torches, voir si les kaveu s’affairent près de nos cocos. Il ne reste plus que ( !!!) à les attraper et les attacher avec des feuilles de pandanus pour qu’ils ne puissent plus s’echapper. C’est toute une technique et François se débrouille bien ! Quelques jours plus tard, Vainiu et Marc nous proposent de partir camper sur la côte Sud de l’île. Nous voilà partis à l’aventure, hamac et moustiquaire dans le sac. Pas besoin de transporter beaucoup d’eau, nous cuirons le riz à l’eau de coco, et c’est un régal. Le campement se monte rapidement, nous faisons quatre feux que nous entretenons assidûment pour tenir les moustiques à distance. Nous partons ensuite à la pêche, à la ligne et à partir du récif pour les hommes, à pied sur le recif pour les femmes. Vainiu m’apprend à attraper les oursins et les pahua, et à les préparer. Lorsque la nuit est tombée, nous partons à la chasse au kaveu et aux langoustes. Puis nous rentrons dormir dans notre hamac. Voilà maintenant un an et demi que nous ne dormons que sur l’eau, bercés par les flots. C’est notre première nuit à terre depuis le début du voyage ! Au lever du jour, nous levons le camp et retournons vers le mouillage, retrouver Riboul’ qui nous attend sagement. Nous quittons nos amis, nous promettant une fois encore de nous revoir, puis nous mettons le cap sur Tahiti. La mer est agitée, le vent souffle bien et Ribouldingue file bon train. Au petit jour nous apercevons déjà Tahiti. Nous ne savons encore rien de ce qui nous attend pour la suite…

D’îles en îles, d’aventure en aventure…

C’est devenu une tradition : nos invités rédigent un article racontant leur séjour. Je laisse donc la plume à mes parents, qui nous rejoignent à bord le 2 octobre pour un mois de folie, à la découverte de la Polynésie.

Bonjour ! Nous revoilà sur Ribouldingue ! Nous sommes le 4 octobre. Aujourd’hui  nous visitons Papeete ! C’est une belle ville. Des efforts sont faits pour maintenir la ville accueillante : un bataillon d’ouvriers munis de souffleurs, balais et autre instruments de nettoyage sont à l’œuvre de bonne heure le matin. Petit tour sur la promenade qui longe le lagon et la Marina. Un bassin est aménagé tout le long des quais et nous permet de découvrir toute sorte de poissons. Petit tour de l’ile en voiture. Nous nous arrêtons auprès d’un Belvédère,  et nous avons la chance de voir depuis les hauteurs une baleine qui nous offre un festival de sauts. C’est très surprenant si près de la côte et nous restons bouche bée. Le soir, nous assistons à une très intéressante conférence sur les récifs coraliens du Pacifique, et les méfaits de la pollution sur l’environnement marin. Dommage que décalage horaire aidant nous piquions un peu du nez ! Le lendemain nous partons pour Moorea, première étape de notre périple vers les Iles sous Le Vent ! Le temps est magnifique, la mer est superbe la navigation s’annonce calme !

Nous voilà sur les hauteurs de Moorea, la grimpette a été difficile sous la chaleur, mais quel spectacle : la vue sur la baie de   Cook et d’Opunohu valait le détour. Récompense suprême, sur le retour nous nous arrêtons au lycée agricole et, avant la visite, nous dégusterons de merveilleuses glaces au lait de coco, à la mangue, parfumées à la vanille, à la fleur de tiaré… Le lendemain, courte balade de 20 km (il paraît que j’avais besoin de motivation) pour aller faire des courses, à la banque et voir de près la baie de Cook, et surtout visiter la fabrique de jus de fruit. Surprise ! Ils font des vins d’ananas et du rhum ! Différents de ce que nous connaissons, mais agréables à découvrir.


Et nous voilà partis pour Bora-Bora ! 36 heures de navigation en perspective, avec, pour nous, une grande première : la navigation de nuit ! Le calme qui règne la nuit sur un voilier est surprenant. Nous sommes au portant. On n’entend que le bruit des vagues sur la coque,  le vent dans les voiles. Une multitude d’étoiles scintillent tout là-haut, la lune nous éclaire et nous sommes envahis par un sentiment, de paix, de tranquillité ! Le bonheur pur ! Autre moment de bonheur pendant la traversée, à une centaine de mètres, les ébats d’une baleine qui se livre à ses exercices de sauts quotidien : sur le dos, sur le ventre, sur un aileron, battements de queue, nous retrouvons notre émerveillement d’enfant.
Nous sommes à Bora-Bora, découverte du snorkeling pour moi : j’ai observé un poisson coffre, une multitude de petits poissons bleus, un gros concombre de mer et une raie ! L’eau est claire à cet endroit. Le lendemain nous partons pour le centre du lagon, et  là quelle déception ! La vue est saccagée par de multiples installations hôtelières qui s’avancent sur pilotis. L’eau est opaque nous ôtant toute envie de bain. Nous ne nous éternisons pas et  repartons pour le premier mouillage, la corvée de lessive, courses diverses et variées, plein d’eau nous attendent, avant le départ pour Tahaa.


L’ile est superbe, dépaysante ! La végétation est luxuriante,  les couleurs sont vives, les maisons sont coquettes, les jardins bien entretenus. Nous visitons une ferme perlière. Les explications sur la culture des perles sont très  intéressantes. Quand nous sortons il tombe des cordes ! Nous sortons les cirés qui sont vraiment les bienvenus. La pluie fut-elle tropicale n’arrête pas les bretons que nous sommes. Le paysage est vraiment magnifique ! Des petits bouts de cartes postales, assemblés les uns aux autres.  Un pick-up bâché qui organise des « safaris» nous emmène au village, le même pick-up nous ramènera  juste où nous avons attaché l’annexe. Les gens sont vraiment sympathiques.

Départ pour Raiatea. Arrivée sans problème, le soleil est de retour et nous programmons « l‘escalade » du mont Tapioii, 294 m de dénivelé. Quelle épopée sous le soleil ! Le jeu en valait la chandelle ! Nous avons une vue, pratiquement à 360° sur le lagon entier ! Quel spectacle ! Les couleurs sont extraordinaires, cela va du bleu marine au bleu turquoise en passant par toutes les nuances de bleu. Le pique-nique, prend des allures de festin tant nous sommes éblouis par le panorama qui s’offre à nous. 

Départ pour Huahine, où nous changerons de mouillage tous les jours. Nous sommes  proches du centre du village de Fare. Le soir nous mangeons dans une roulotte. Pour Emeline et moi ce sera poisson cru au lait de coco et riz, une petite merveille ! Les garçons, moins aventureux, ont pris  poulet grillé frites pour Gilbert et hamburger frites pour François ! Tout le monde s’est régalé. Nous leur avons  demandé les prévisions météo, réponse : il y a 10 ans encore je pouvais  prévoir le temps du lendemain sans me tromper. Depuis 10 ans environ, je ne peux plus. Les choses ont changé, les saisons ne sont plus marquées comme autrefois et le temps n’est  plus prévisible ! Réchauffement climatique, bouleversement des saisons et du temps comme dans toutes les autres parties du monde, ce ne sont pas eux qui polluent, mais leur environnement est perturbé quand même ! C’est triste ! 
En route pour le sud de l’Ile. Arrivée à Paputea, mouillage dans une eau particulièrement limpide et attirante, et le soir la chef Emeline s’est surpassée en nous préparant des crabes au lait de coco et curry, un régal pour les papilles. Nous ne sommes pas très loin d’un hôtel, mais il n’est pas très grand et s’intègre parfaitement au paysage. Leur embarcadère nous permet d’accéder facilement à la plage. Le matin Gilbert et moi partons pour une balade pendant qu’Emeline et François s’attaquent au grattage de la coque de Ribouldingue qui est pourvue de véritables cheveux verts d’une bonne longueur !!! 


Nous poursuivons notre découverte. Quelle splendeur ! Un lagon comme on en voit au cinéma : de l’eau turquoise à perte de vue. Comme Riboul est un dériveur nous mouillons dans 1,20m d’eau. Nous sommes seuls au monde. Nous nous baignons avec un plaisir fou ! A quelques mètres l’eau est bleue profond signe que les fonds sont importants et là où nous sommes nous avons pied ! 

Aujourd’hui nous sommes à l’est  du lagon ! Une surprise de taille nous attend. Nous avons à peine franchi la passe que nous voyons des évents de baleine ! Impossible, pas dans un lagon ! Et bien si ! Même qu’elles sont 3 ! Vraisemblablement la maman et 2 baleineaux ! Incroyable ! Nous sommes émerveillés ! Un habitant nous propose des mangues, il nous amènera également un corossol et  des jeunes noix de coco dont nous boirons le jus très désaltérant et mangerons la pulpe tendre et fraîche. Il n’acceptera aucun paiement. 
Et voilà, il faut songer au voyage du retour, demain départ à 6 h nous regagnons Moorea. Trajet de 24 h prévu. La navigation s’annonce au près. Pas très confortable d’être sur un bateau qui gite, surtout dans la cabine avant. C’est une véritable machine à laver ! On est bousculé dans tous les sens ! L’eau frappe sur la coque et on entend un bruit de lave linge ! Je chasse Gilbert de la couchette du carré et l’envoie dans la cabine avant. Chacun son tour ! Je réussis à me rendormir presque jusqu’à la fin du voyage  les eaux se sont un peut calmées et mon estomac appréciera tout particulièrement notre arrivée dans le lagon de Moorea ! Surprise ! 7 ou 8 dauphins nous rejoignent dans le lagon et nous tiendront compagnie pendant toute la journée. Le lendemain ce sera un requin gris qui viendra tourner et virer près du bateau. Bien que réputé non dangereux, je m’abstiendrai de me baigner tant qu’il rôde dans les parages.

Voilà ! C’est fini ! Je garderai en mémoire l’impressionnante  vision de François perché sur la barre de flèche guidant Emeline à la barre pour l’entrée dans les passes, pour le choix du meilleur mouillage parmi les patates de corail ! Je n’oublierai pas non plus les somptueux petits-déjeuners (pancakes, crêpes, pain perdu), fondants au chocolat, thon mijoté au lait de coco, concoctés par Emeline, ni les merveilleux  pains fourrés et pizza préparés par François.
A l’aéroport, le 1er novembre, Emeline et François nous passeront au cou un collier de coquillages venus directement des Tuamotu. Cette fois c’est bien fini ! Il faut partir ! Je suis très triste de laisser Emeline et François et la Polynésie ! C’était un merveilleux séjour ! 

Mais d’autres aventures nous attendent les vacances ne sont pas finies ! A nous l’Australie !

Balise tracking en vacances…

Vous l’avez sans doute remarqué, notre balise tracking, harassée de fatigue, nous localisait de facon aléatoire aux quatre coins du Monde. Nous l’avons donc envoyée en vacances en Australie, elle ira ensuite faire un séjour en France, puis nous la récupèrerons lorsqu’elle sera reposée et prête à reprendre du service ! 

En attendant nous naviguons en mode furtif… Devinez où nous sommes !

Makatea, un atoll pas comme les autres

Grand largue, petit largue, travers, près, grand beau temps, pluie diluvienne, le moins qu’on puisse dire c’est que cette navigation vers Makatea ne fût pas monotone. Histoire de nous occuper entre les différents réglages de voiles, nous transformons la cuisine en conserverie de poisson le temps de « mettre à l’abri » le superbe thon de 6,5 kg qui a mordu à l’hamecon au coucher du soleil. 


Le 19 septembre dans la journée, une tâche sombre se détache sur l’horizon. Rien à voir avec les autres atolls, dont on distingue en premier les cocotiers, Makatea nous dévoile ses hautes falaises. Nous sommes accueillis par une baleine qui nous fait coucou de sa nageoire caudale. Et surprise, quatre corps-morts ont été installés pour faciliter la venue des voiliers. En effet, la barriere de corail tombe à pic et nous pensions qu’il faudrait mouiller notre ancre par 20 mètres minimum de fond de corail, ce qui était peu engageant. Nous sommes donc soulagés de découvrir ces corps-morts. Décidément cette escale s’annonce bien ! 
Le lendemain matin au lever du soleil, nous admirons les poissons et les fonds coraliens depuis le pont, nous donnant l’impression que Riboul’ flotte à la surface d’un aquarium géant. L’eau est cristalline, Francois ne résiste pas et part faire un tour sous l’eau. Je reste rêvasser dans le cockpit, et suis brusquement ramenée à la réalité par un souffle puissant. Je me mets debout et cherche à savoir où se cache le gros mammifère marin. Je n’en crois pas mes yeux : là, à moins de 10 mètres du bateau, une baleine à bosses ! L’eau est si claire que je la vois en entier. Elle vient respirer juste à ma hauteur, soulève sa queue géante et replonge dans les profondeurs, me laissant toute chose. Quel animal magnifique ! Francois parvient à l’observer sous l’eau, mais sans pouvoir l’approcher. Puis ce sont des dauphins qui viennent jouer autour du bateau, et Francois qui est toujours dans l’eau, a tout juste le temps de leur jeter un coup d’oeil furtif. Le spectacle se poursuit toute la matinée et nous sommes aux premières loges : les baleines sautent, tapent la surface de l’eau avec leurs nageoires pectorales ou leurs queues puissantes. En allant dire bonjour à nos voisins,  deux mâles qui se chamaillent passent juste à côté de l’annexe… On se sent minuscules, et ce n’est rien de l’écrire !


Nous débarquons en fin de matinée sur cette île qui nous intringue. Makatea n’est pas un atoll comme les autres, en son centre point de lagon et son point le plus haut culmine à 113 mètres, en faisant l’atoll surélevé le plus haut du Monde. 
Makatea fût, entre 1906 et 1966, exploitée pour son phosphate. D’importantes installations industrielles furent construites, des centaines d’hommes travaillaient à la mine, des centaines de tonnes de phosphate étaient extraites chaque jour, faisant de Makatea le poumon économique de la Polynésie Francaise. Et puis brutalement, le 6 septembre 1966, tout s’arrête. En trois semaines, l’île est abandonnée à son triste sort, les hommes lui laissant des milliers de trous, un funiculaire, des tapis roulants, des machines gigantesques, deux cinémas, un hôpital, un supermarché, un abattoir… Rien n’est démonté, aucune réhabilitation n’est prévue. Seule une vingtaine de personnes reste et tente de reprendre le cours de leur vie.

Aujourd’hui, la Nature a repris ses droits, les installations industrielles et les vestiges de la ville ont presque disparu sous la végétation. Marc et Vainiu nous guident dans ce dédale vert. Nous n’en croyons pas nos yeux : tant d’installations giganstesques englouties… 


Quel avenir pour Makatea ? Monsieur le Maire est favorable à un projet d’extraction secondaire, qui pourrait durer une trentaine d’années. L’investisseur, australien, a promis une réhabilitation totale à la fin de l’extraction, et des emplois prioritairement attribués aux Polynesiens. C’est un projet qui divise. Une partie de la population veut définitivement tourner la page de l’histoire minière de l’île et se consacrer à l’agriculture, à l’apiculture ou au tourisme. Maintenant que la Nature a repris ses droits, ils envisagent difficilement des buldozers venir arracher les arbres pour installer de nouvelles machines. Des associations sont venues faire des études d’impact environnemental et ne sont pas favorables à ce projet. Verdict en décembre. 

Vainiu et Marc nous proposent de nous emmener visiter la grotte d’eau douce située dans la partie Est de l’ile. Munis de lampes etanches nous nous jetons dans l’eau fraîche puis nous faufilons dans un dédale de calcaire, parfois nageant, parfois s’aggripant aux parois. Nous arrivons dans une première salle. Nos voix résonnent, nos lampes éclairent ce décor surréaliste d’eau translucide, de stalactites et de stalacmites. Nous continuons notre chemin vers une deuxième salle, puis cheminons vers la sortie. Un peu d’escalade et nous retrouvons la lumière du jour. Waw, quelle balade extraordinaire ! Nous retrouvons la famille de Vainiu et Marc autour d’un délicieux repas : poatoro, poe mautini (puree de courge au lait de coco), poisson grillé, pain paumotu, poisson cru… En fin d’après-midi, nous rejoignons Ribouldingue qui se fait chahuter dans la grosse houle d’Ouest, les bras chargés de kaveus, poisson, citrons verts, langouste, uru… La sortie en annexe est mouvementée, nous saluons Marc et Vainiu qui nous regardent partir du quai. Encore une fois nous sommes tristes de partir, de quitter nos nouveaux amis et les beaux paysages que nous avons découvert.

Mais Tahiti la grande nous attend, Renée et Gilbert nous rejoignent bientôt pour un mois, et nous devons nous mettre à la recherche d’un travail pour renflouer la caisse de bord. Allez oust’, en route ! Le vent portant et le soleil nous consolent, la langouste grillee au barbeuc’ et les frites de uru croustillantes nous mettent du baume au coeur, et au lever du soleil Tahiti et Moorea se dessinent à l’horizon…

Apataki : au soleil du motu Ruha Vahine

8 septembre, le soleil se lève dans la passe Sud Ouest d’Apataki. Trinquette roulée, moteur démarré, Capitaine à poste dans les barres de flèches, un alignement nous aide à garder le bon cap. Ca y est nous y sommes, encore un nouvel atoll à décourvir. Francois espère y rencontrer Jean Tapu, ancien champion du Monde et toujours détenteur d’un record de chasse en apnée. Malheureusement il vit maintenant à Tahiti et nous n’aurons pas l’honneur de pouvoir lui parler. Nous avançons au moteur en évitant les bouées qui signalent les fermes perlières, puis mouillons notre ancre au Sud de l’atoll, protégés par le motu Ruha Vahine.


Apres le réglementaire « tour du proprietaire », durant lequel nous croisons jolis poissons et coraux de toutes les couleurs, requins pointe noire et requin gris, nous grimpons dans l’annexe faire connaissance avec Moe et Erani qui vivent sur le motu. Nous avons le même âge, le courant passe, et ils nous invitent à venir voir Tara Hae, déesse de la Mer et du Voyage, qui est materialisée sur le motu par une sorte de sculpture en corail. Erani nous explique que si nous ne l’avions pas vue, nous ne serions pas vraiment arrivés à Apataki. Elle nous protegera pour la suite de notre voyage. 
Hent-Eon est mouillé non loin de Riboul et le dimanche midi, nous sommes tous invités à manger sur le motu. Poisson cru, poisson fumé à la bourre de coco… Un régal ! Cette pause est salvatrice, voilà trois jours que nous travaillons sans relâche, notre fidèle équipier, Jules, fait la grève. Patience et longueur de temps, huile de coude et de friture, il accepte enfin de se remettre au travail, youpi ! 

Hent Eon lève l’ancre, nous terminons notre bricolage. Puis nous passons une chouette journée sur le motu avec Moe et Erani. Nous les initions au ti-punch, et eux nous montrent comment ouvrir les noix de coco à la hâche. Nous faisons rapidement des parallèles entre leur vie sur un motu et notre vie sur un voilier. Seuls et livrés à nous-mêmes, nous devons être le plus autonome possible et gérer nos ressources au mieux. L’électricité dont ils ont besoin leur est fournie par de grands panneaux solaires. Pas d’eau douce sur le motu, ils récupèrent l’eau de pluie dans de grandes citernes, et l’utilisent pour laver le linge, faire la vaisselle ou la font bouillir pour la boire. Exit les douches prolongées, l’eau est une denrée rare qu’il faut preserver. Ils se nourrissent principalement de poisson, pêché à la canne ou en apnée.

Leur motu est magnifique, les arbres bien taillés, les feuilles ramassées tous les jours au lever du soleil. Différents arbres fruitiers et plantes tentent de s’épanouir dans ce sol arride et salé. 


Moe et Erani nous montrent, à l’endroit où est mouillé leur bateau à moteur, les fondations de la maison de leurs grands-parents, maison qui n’existe plus aujourd’hui. Il y a encore quelques années, leur motu s’etendait beaucoup plus loin dans le lagon. Mais le niveau de la mer monte, le motu perd du terrain. La maison de leurs parents a donc été construite plus en arrière et aura peut-être elle aussi bientôt les pieds dans l’eau. La maison de Moe et Erani sera construite plus proche encore du centre du motu. L’atmosphere se réchauffe, à des milliers de kilomètres les glaciers fondent, et c’est ici que l’on s’en rend compte. Ici aux Tuamotus, si loin pourtant des grosses industries et de la surconsommation…
Après avoir partagé leur vie sur le motu, nous leur proposons de venir découvrir la vie sur l’eau. Ils acceptent, avec un peu d’appréhension mais de grands sourires. Petit déjeuner à bord, les crêpes bretonnes remportent un franc succès ! Visite de notre modeste interieur puis Moe aide Francois à lever l’ancre, et nous voila partis pour une balade à la voile sur le lagon. C’est une première pour Moe et Erani, et nous sommes heureux de pouvoir partager avec eux notre vie de voyageurs. Echanges de recettes, adresses mail et numéros de téléphone, Moe et Erani nous offrent du poisson, une cigale des mers et de l’eau douce, puis nous continuons notre route vers le Nord du lagon, avec un pincement au coeur. Que de rencontres formidables ! 


Rapide escale technique au carénage pour déposer nos poubelles, acheter des oeufs, des potas (sorte de blettes) qui poussent sur le motu, de l’eau, et profiter d’une connexion internet pour donner des nouvelles, et nous voilà repartis encore un peu plus au Nord. Nous retrouvons Hent Eon pour quelques jours, puis nos routes se séparent, ils partent pour Ahe, mettre leurs pas dans ceux de Bernard Moitessier et nous vers Makatea, qui sera notre derniere escale aux Tuamotus. Nous sortons du lagon par la passe Nord-Ouest dans un décor d’une beauté surprenante. Cap au Sud Ouest !

Ps : Merci à Emeline de Hent Eon pour les deux photos prises du haut du mât de Ribouldingue 🙂