Makatea, un atoll pas comme les autres

Grand largue, petit largue, travers, près, grand beau temps, pluie diluvienne, le moins qu’on puisse dire c’est que cette navigation vers Makatea ne fût pas monotone. Histoire de nous occuper entre les différents réglages de voiles, nous transformons la cuisine en conserverie de poisson le temps de « mettre à l’abri » le superbe thon de 6,5 kg qui a mordu à l’hamecon au coucher du soleil. 


Le 19 septembre dans la journée, une tâche sombre se détache sur l’horizon. Rien à voir avec les autres atolls, dont on distingue en premier les cocotiers, Makatea nous dévoile ses hautes falaises. Nous sommes accueillis par une baleine qui nous fait coucou de sa nageoire caudale. Et surprise, quatre corps-morts ont été installés pour faciliter la venue des voiliers. En effet, la barriere de corail tombe à pic et nous pensions qu’il faudrait mouiller notre ancre par 20 mètres minimum de fond de corail, ce qui était peu engageant. Nous sommes donc soulagés de découvrir ces corps-morts. Décidément cette escale s’annonce bien ! 
Le lendemain matin au lever du soleil, nous admirons les poissons et les fonds coraliens depuis le pont, nous donnant l’impression que Riboul’ flotte à la surface d’un aquarium géant. L’eau est cristalline, Francois ne résiste pas et part faire un tour sous l’eau. Je reste rêvasser dans le cockpit, et suis brusquement ramenée à la réalité par un souffle puissant. Je me mets debout et cherche à savoir où se cache le gros mammifère marin. Je n’en crois pas mes yeux : là, à moins de 10 mètres du bateau, une baleine à bosses ! L’eau est si claire que je la vois en entier. Elle vient respirer juste à ma hauteur, soulève sa queue géante et replonge dans les profondeurs, me laissant toute chose. Quel animal magnifique ! Francois parvient à l’observer sous l’eau, mais sans pouvoir l’approcher. Puis ce sont des dauphins qui viennent jouer autour du bateau, et Francois qui est toujours dans l’eau, a tout juste le temps de leur jeter un coup d’oeil furtif. Le spectacle se poursuit toute la matinée et nous sommes aux premières loges : les baleines sautent, tapent la surface de l’eau avec leurs nageoires pectorales ou leurs queues puissantes. En allant dire bonjour à nos voisins,  deux mâles qui se chamaillent passent juste à côté de l’annexe… On se sent minuscules, et ce n’est rien de l’écrire !


Nous débarquons en fin de matinée sur cette île qui nous intringue. Makatea n’est pas un atoll comme les autres, en son centre point de lagon et son point le plus haut culmine à 113 mètres, en faisant l’atoll surélevé le plus haut du Monde. 
Makatea fût, entre 1906 et 1966, exploitée pour son phosphate. D’importantes installations industrielles furent construites, des centaines d’hommes travaillaient à la mine, des centaines de tonnes de phosphate étaient extraites chaque jour, faisant de Makatea le poumon économique de la Polynésie Francaise. Et puis brutalement, le 6 septembre 1966, tout s’arrête. En trois semaines, l’île est abandonnée à son triste sort, les hommes lui laissant des milliers de trous, un funiculaire, des tapis roulants, des machines gigantesques, deux cinémas, un hôpital, un supermarché, un abattoir… Rien n’est démonté, aucune réhabilitation n’est prévue. Seule une vingtaine de personnes reste et tente de reprendre le cours de leur vie.

Aujourd’hui, la Nature a repris ses droits, les installations industrielles et les vestiges de la ville ont presque disparu sous la végétation. Marc et Vainiu nous guident dans ce dédale vert. Nous n’en croyons pas nos yeux : tant d’installations giganstesques englouties… 


Quel avenir pour Makatea ? Monsieur le Maire est favorable à un projet d’extraction secondaire, qui pourrait durer une trentaine d’années. L’investisseur, australien, a promis une réhabilitation totale à la fin de l’extraction, et des emplois prioritairement attribués aux Polynesiens. C’est un projet qui divise. Une partie de la population veut définitivement tourner la page de l’histoire minière de l’île et se consacrer à l’agriculture, à l’apiculture ou au tourisme. Maintenant que la Nature a repris ses droits, ils envisagent difficilement des buldozers venir arracher les arbres pour installer de nouvelles machines. Des associations sont venues faire des études d’impact environnemental et ne sont pas favorables à ce projet. Verdict en décembre. 

Vainiu et Marc nous proposent de nous emmener visiter la grotte d’eau douce située dans la partie Est de l’ile. Munis de lampes etanches nous nous jetons dans l’eau fraîche puis nous faufilons dans un dédale de calcaire, parfois nageant, parfois s’aggripant aux parois. Nous arrivons dans une première salle. Nos voix résonnent, nos lampes éclairent ce décor surréaliste d’eau translucide, de stalactites et de stalacmites. Nous continuons notre chemin vers une deuxième salle, puis cheminons vers la sortie. Un peu d’escalade et nous retrouvons la lumière du jour. Waw, quelle balade extraordinaire ! Nous retrouvons la famille de Vainiu et Marc autour d’un délicieux repas : poatoro, poe mautini (puree de courge au lait de coco), poisson grillé, pain paumotu, poisson cru… En fin d’après-midi, nous rejoignons Ribouldingue qui se fait chahuter dans la grosse houle d’Ouest, les bras chargés de kaveus, poisson, citrons verts, langouste, uru… La sortie en annexe est mouvementée, nous saluons Marc et Vainiu qui nous regardent partir du quai. Encore une fois nous sommes tristes de partir, de quitter nos nouveaux amis et les beaux paysages que nous avons découvert.

Mais Tahiti la grande nous attend, Renée et Gilbert nous rejoignent bientôt pour un mois, et nous devons nous mettre à la recherche d’un travail pour renflouer la caisse de bord. Allez oust’, en route ! Le vent portant et le soleil nous consolent, la langouste grillee au barbeuc’ et les frites de uru croustillantes nous mettent du baume au coeur, et au lever du soleil Tahiti et Moorea se dessinent à l’horizon…

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Un commentaire sur “Makatea, un atoll pas comme les autres

  1. Difficile d’expliquer à Helena l’extraction et le départ des gens: elle a bien cherché sur toutes les photos si on ne voyait pas des gens… Et pourquoi ils sont partis?

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